N’y a-t-il que les échanges d’ordre économique qui
comptent pour une société ? si non, quels sont les autres échanges qui pourraient
être essentiels ?
Peut-on vivre seul?
Difficilement.
Peut-on vivre en société ?
Difficilement.
= Dilemme du Porc-Epic de Schopenhauer

Schopenhauer rend bien compte de la tentation que l'on a tous de vivre éloignés des autres. Qui n'a jamais cru qu'il serait heureux loin des autres?
C'est l'histoire d'into the wild (inspirée d'une histoire vraie)
Tout juste diplômé de l'université, Christopher McCandless, 22 ans, est promis à un brillant avenir. Pourtant, tournant le dos à l'existence confortable et sans surprise qui l'attend, le jeune homme décide de prendre la route en laissant tout derrière lui.
Des champs de blé du Dakota aux flots tumultueux du Colorado, en passant par les communautés hippies de Californie, Christopher va rencontrer des personnages hauts en couleur. Chacun, à sa manière, va façonner sa vision de la vie et des autres.
Au bout de son voyage, Christopher atteindra son but ultime en s'aventurant seul dans les étendues sauvages de l'Alaska pour vivre en totale communion avec la nature.
Pourquoi vivons-nous en société?
- Pour échanger. NOTION: LES ECHANGES
A partir du film After the Dark
- Quel(s) échange(s) sont au fondement d'une société?
- Selon Claude Lévi Strauss l’interdit de l’inceste a permit la formation de la société dans le sens où, suite à cet interdit, les individus ont été forcés d’élargir leurs relations à des groupes sociaux autres que le leur : l’exogamie. Pour lui, c'est la prohibition de l’inceste qui fonde la possibilité de toute société, puisque cet interdit relève à la fois de la nature et de la culture. Les solutions pour satisfaire à cette interdiction définissent la nature de l'échange matrimonial, qui est «le passage du fait naturel de la consanguinité au fait culturel de l'alliance». Les élèves pour sélectionner les éléments de leur future société doivent penser à la procréation.
- "L'homme est un animal politique" Aristote. Ce qui signifie que l'homme parce qu'il possède la parole, peut organiser la société. C'est ce qui distingue l'homme de l'animal, C'est la répartition des tâches nécessaires à la vie qui lie les hommes et un lien intelligent fondé sur le discours, l'échange rationnel, et l'organisation autour de lois faites pour assurer le bonheur. La communauté animale (abeilles, fourmis, etc.) est biologique et sert la survie. Le lien politique est le langage et sert le bien-vivre et la liberté. L’homme « un animal politique » (Ethique à Nicomaque, VII)
Aristote avait remarqué que les hommes ne se suffisant pas à eux-mêmes pour satisfaire leurs besoins, c’est pourquoi ils recherchent naturellement l’amitié de leur semblable.
Aristote définit l’amitié comme le sentiment d’appartenir à une même communauté et le son que l’on apporte à l’autre et aux biens des autres. Les hommes sont naturellement sociables parce qu’ils ont la possibilité naturelle de communiquer par le langage. Ainsi peuvent-il décider de ce qui est juste ou injuste, du bien et du mal, ainsi que partager leurs jugements grâce aux mots.
- Qu'échange-t-on si l'on est utilitariste? (doctrine en philosophie politique ou en éthique sociale qui prescrit d'agir (ou de ne pas agir) de manière à maximiser le bien-être collectif).
- On échange tout ce qui contribue au "bonheur collectif", tout ce qui est utile.
- Nous avons besoin les uns des autres, des talents de chacun.

L'opinion commune est plutôt utilitariste, en effet, elle a tendance à réduire la société à une simple communauté d’individus échangeant des services et des biens. La société aurait spontanément une fonction utilitaire :
- regrouper les forces des individus,
- diviser et spécialiser le travail,
- régir les échanges et
- organiser le commerce.
Hume (1711-1777) ajoutera à la version d’Aristote :
L’homme est l’être qui a le plus de besoins que les autres animaux, et moins de moyens pour les satisfaire, parce qu’il est faible dans la nature. C’est pour pallier à cette faiblesse naturelle que l’homme vit en société : la vie en commun permet :
- De regrouper leurs forces pour se défendre contre les attaques et pour réaliser à plusieurs ce qu’un seul ne saurait entreprendre.
- Permet de diviser et de spécialiser le travail, ce qui accroît l’efficacité mais génère de nouveaux besoins
Il faut toute une civilisation pour construire un grille-pain. Le designer Thomas Thwaites l'a découvert à ses dépends, en essayant d'en construire un à partir de zéro : extraire du minerai pour faire de l'acier, dériver du plastique à partir de pétrole... il est franchement étonnant qu'il soit allé aussi loin qu'il est allé. Une parabole de notre société interconnectée, pour les designers comme pour les consommateurs.
Moralité : c’est le besoin qui fonde la société . Dans le film "After the Dark", la sélection se fait sur les compétences et les métiers. Vont dans le Bunker, les personnes "utiles".
ATTENTION DANGER
Platon, sous l’antiquité voyait déjà dans une société fondée sur l’échange économique le danger de devenir une « société de porcs », car les individus y auront toujours tendance à profiter des échanges non pour acquérir les biens nécessaires à leur vie, mais pour accumuler de l’argent. Platon dénonçait déjà le pouvoir de l’argent qui corrompt l’échange fondé sur les besoins, le système de production ainsi que le lien social
- Dans le film, c'est le professeur qui défend le point de vue utilitariste, puisqu'il supprime à chacun de ses versions "le poète" considérant ainsi que l'art n'est pas utile.

On peut avoir une autre vision sur le fonctionnement de la société : vision humaniste, représentée par Pétra (élève).
- Vision humaniste tente de remettre l'homme au centre des préoccupations reprenant ainsi une phrase de Terence : "
- Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger.
Façon de dire qu'il n'y a pas que les échanges économiques qui fondent une société: il y a les liens d'amité/ d'amour (indépendamment de la procréation), la gratuité du don, la beauté ( art : Théophile Gautier " préfère renoncer aux pommes de terre plutôt qu'aux roses", c'est exactement ce que fait Pétra en ne choisissant pour son bunker que des artistes ou des gens "différents").

On peut partager des valeurs : solidarité, liberté, égalité, fraternité.
Cette vision humaniste pense des échanges d’ordre plus symboliques, qui supposent le consentement des parties et à l’issue duquel chacune voit son état modifié.
OUVERTURE: Que serait un homme sans société humaine?
A la fin du 18ième siècle, un jeune garçon de onze ans fut découvert seul dans la forêt par des chasseurs près du Cantons de St Sernin. Ce garçon, assez peu humain de par son comportement, avait vécu comme un animal dans les bois.
- Sa gorge n’émettait que des cris rauques, il cherchait à fuir et n’avait aucune notion d’hygiène.
- C’était une « sorte » de petit animal farouche n’ayant aucune connaissance réflexive de soi, et de langage articulé. Placé en hospice,
Victor de l’Aveyron dît l’enfant « sauvage » interroge et suscite des curiosités. Ainsi celui-ci devint malgré lui, un sujet d’observation. En effet la représentation de cet enfant « différent » met en avant plusieurs questionnements : la dualité nature /culture, innée acquis, la conception du « sauvage » et sous-tend plus généralement la problématique de la différence entre l’homme et l’animal.
Ce que nous apprend cette histoire :
L’homme n’a pas de nature prédéfinie. Il se construit dans son rapport aux autres, c’est « un animal social ».
- Son intelligence, le langage, ces capacités de raisonnements induisent une stimulation, qui se fait de manière inconsciente dans le rapport à l’autre (la mère et son enfant). Il est question de transmission, d’héritage.
≠
- Si un animal est séparé très tôt de ses congénères, celui-ci manifeste malgré tout les caractéristiques assez précises de son espèce. Il y a chez les animaux ce qu’on pourrait appeler un instinct.
Donc dans le cas de l’homme, la présence ou l’absence des autres à toujours un impact déterminant comme le prouve le cas de Victor de l’Aveyron.
L'homme n'est pas qu'un être de besoins, il a besoin de désir et d'être désiré :
- Nous avions vu que le premier échange du nouveau-né avec la mère est primordial : hospitalisme : il n’est pas seulement question de manger et de boire, mais d’être aimé. Ce qui est donné en tout premier lieu, c’est à travers des PAROLES D’AMOUR.
Moralité : Un homme ne développe les facultés caractéristiques de son espèce qu’au contact de ses semblables. L’homme a besoin des autres pour exister comme homme. Ce que prouve a contrario les cas d’enfants sauvages. Il a besoin d’échanger autre chose que des besoins :
CONCLUSION :
Que retenir de cette exploration ?
D’une part que ce n’est pas seulement l’intérêt économique qui constitue l’unité d’une société humaine. En-deçà et au-delà de toutes les relations commerciales entre les individus d’un même groupe, il y a des relations sociales symboliques qu’il faut prendre le temps de décrypter pour comprendre le fonctionnement d’une société.
Pas de société sans consentement, mais pas de société sans communication sociale symbolique, et pas de société sans un système complexe et réglé d’échanges de natures différentes.
Aujourd'hui, nous nous dirigeons vers une économie préconisant l'échange de connaissances : on parle d'économie de la connaissance :



Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire